Le petit claquement du bassin contre la selle m'a sauté aux oreilles avant même que je redresse le buste. Au Poney Club de la Chênaie, ce matin-là, je travaillais en longe depuis dix minutes, par petites séquences. Depuis la banlieue de Nantes, je suis partie 45 minutes vers ce manège pour ce trot assis qui me résistait. Je me suis sentie plus calme quand mes deux ischions ont cessé de taper ensemble. En tant que rédactrice indépendante spécialisée en équitation, j'ai noté chaque sensation dans mon carnet. Ma licence en sciences du sport, option équitation, obtenue en 2014, m'a appris à guetter le détail.
Je ne savais pas à quel point ça allait me résister au début
En tant que rédactrice indépendante spécialisée en équitation, j'ai fini par reprendre cet exercice avec un cadre très simple. J'étais limitée par mon budget de cours, et je ne pouvais pas payer une séance chaque semaine. Un jeudi soir, après l'ordinateur fermé et le dîner pris à deux, je suis partie au club avec mon carnet dans la poche.
Avec mon compagnon, sans enfant, on vit à deux. Mes créneaux passaient entre deux articles et une machine à laver qui tournait. Après 12 ans de travail rédactionnel, je savais que je n'allais pas régler ça en force.
Avant de m'y remettre, je pensais qu'il suffisait de s'asseoir plus bas et de tenir la jambe. J'avais lu ça partout, et je m'étais obstinée à rentrer les épaules pour "faire place" au mouvement. J'étais sûre de moi, et pourtant je me trompais.
Les premières séances m'ont ramenée à la réalité. Au bout de 5 minutes, mes adducteurs brûlaient, et mes genoux serraient presque tout seuls. Je tirais un peu sur les mains pour me rassurer, ce qui a fait accélérer mon cheval dès la sortie de la volte. Après ça, j'ai eu des courbatures dans les lombaires pendant 24 heures, et j'avais l'impression d'avoir pris le trot de face au lieu de le suivre.
Le plus agaçant, c'était le contraste avec le trot enlevé. Au pas, je respirais encore. Dès que mon cheval prenait un trot un peu ample, je me raidissais dans le haut du corps. La selle me paraissait plus dure, et lui répondait en s'ouvrant dans le dos.
J'ai arrêté de vouloir tenir une reprise entière. Je demandais 20 foulées, puis je repassais enlevé. À la troisième séance, j'ai compris que la fatigue me faisait rentrer les talons plus bas, et ça changeait déjà ma stabilité.
Ce qui m'a fait comprendre que je faisais tout de travers
La séance qui a tout déplacé a commencé presque bêtement, sur un cercle de 20 mètres. Mon moniteur m'a demandé de laisser les hanches suivre le mouvement, sans regarder mes mains. Je me suis retrouvée à respirer plus bas, et mon blocage lombaire s'est un peu desserré. J'ai compris, un peu tard, que je me tenais trop droite pour compenser.
À force, le dos se creusait et le cheval répondait en s'ouvrant. Ce qui m'a frappée, c'est que le relâchement venait des hanches, pas d'un effort pour m'asseoir plus bas. Le bassin devait épouser le trot, pas le coincer. Quand j'ai laissé mes ischions alterner au lieu de taper ensemble, le mouvement est devenu moins heurté.
J'ai aussi allongé mes étriers de 2 trous, et ça a changé ma position tout de suite. Mes jambes sont redevenues plus longues, avec moins de mollets qui remontaient à chaque foulée. Sur le coup, j'ai été convaincue que le détail était minuscule. En réalité, il m'a évité ce petit décollage du bassin qui me renvoyait en l'air à chaque cheval un peu ample.
J'ai aussi eu ma séance catastrophe, avec un cheval plus rebondissant. Je me suis retrouvée à taper comme sur un trampoline. Mes épaules s'étaient figées, ma respiration bloquée, et je serrais les genoux sans m'en rendre compte. Pas terrible, vraiment pas terrible, et j'ai hésité à descendre de cheval à la fin de la reprise.
Après 3 séances ciblées, j'ai fini par tenir 20 foulées sans bondir. J'enchaînais ensuite une diagonale, puis un tour de carrière, avant de repasser au trot enlevé. Ce découpage m'a évité de serrer trop tôt. Et il m'a appris qu'une séance trop longue m'enfermait dans le rebond.
Ce jour-là, quand tout s'est mis en place sans que je m'y attende
Ce jour-là, au bout de 10 minutes de trot assis par petites séquences, en longe, j'ai entendu quelque chose changer. Le petit claquement du bassin dans la selle a disparu d'un coup, et j'ai eu le silence sous moi. Les deux ischions se posaient ensemble sans claquer, puis le cheval est resté rond, presque comme s'il m'attendait. J'ai senti que le trot ne me jetait plus vers le haut.
À ce moment-là, je n'ai plus cherché à tenir, et mes mains sont restées fixes, posées. Ma jambe est redevenue longue, et je suis devenue plus calme en quelques foulées. Je soufflais plus lentement, et mon bassin suivait la cadence régulière au lieu de la devancer. Je voyais aussi moins de jambes qui montaient, et mes genoux arrêtaient de serrer.
La suite de la séance m'a presque déconcertée. Je n'avais pas de courbatures immédiates, pas cette brûlure dans les adducteurs qui me cueillait d'habitude. J'ai pu reprendre une diagonale, faire un cercle, puis travailler une transition douce sans penser à survivre au trot. Le silence dans ma selle m'a suivie jusque dans les allées du manège.
Le soir, en quittant le manège, j'ai compris que mon dos était resté libre. J'avais encore un peu de fatigue dans le ventre, mais rien de cette crispation qui me faisait rentrer chez moi raide. Et, pour la première fois depuis longtemps, je n'ai pas eu besoin de me promettre une séance plus dure le lendemain.
Avec le recul, ce que je sais maintenant et ce que j'aurais aimé savoir avant
Après 12 années d'expérience professionnelle comme rédactrice indépendante spécialisée en équitation, je sais que le cavalier cherche vite une cause magique. Les repères de l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE) m'ont aidée à remettre l'idée au clair. Le trot assis n'a rien d'une question de force, c'est un jeu de relâchement, de cadence régulière et de bassin disponible. Quand le cheval manque de rythme, je le sens tout de suite dans mes ischions.
Les erreurs que je ne referai plus sont simples. Je ne pousserai plus les épaules en arrière pour m'asseoir, ni les genoux pour me retenir, ni la main trop dure, parce que le cheval se fige aussitôt. Avec mon compagnon, sans enfants, on vit à deux, mon compagnon et moi, et je garde mes séances courtes. Je referai les séquences en longe, les étriers allongés de 2 trous, et l'alternance trot enlevé – trot assis.
Je trouve ce travail surtout utile pour une cavalière qui accepte de découper la séance. Sur un cheval au trot ample, je ne cherche plus à tenir coûte que coûte. Je passe par moments par le trot enlevé, et je remets du trot assis seulement quand la reprise est stable. Quand je manque de temps, je préfère même un peu de travail à pied plutôt qu'un trot assis bâclé.
La Fédération Française d'Équitation (FFE) et l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE) vont dans ce sens, et je m'y retrouve à chaque fois que je relis mes notes. Quand un blocage revient trois séances de suite, je ne m'obstine pas. Je demande un avis à mon moniteur, et si la raideur persiste chez le cheval, je fais vérifier la situation par un vétérinaire. Au Poney Club de la Chênaie, c'est là que j'ai compris ma vraie limite, et c'est resté avec moi.


