Dans les Aravis, les cailloux ont claqué sous les sabots juste après le panneau en bois de La Clusaz. Depuis la banlieue de Nantes, j'étais partie 2 jours avec mon compagnon, sans enfants. En Haute-Savoie, pour cette boucle balisée, je croyais tenir une sortie simple. En tant que rédactrice indépendante spécialisée en équitation, j'avais la carte papier, un GPS basique et l'impression d'être à l'aise. La balade prévue pour 1h30 a fini à 3h, et j'ai compris trop tard que je m'étais plantée de sente. Le bruit, lui, n'avait rien de rassurant.
Le début de la balade et le piège dans lequel je suis tombée
Je suis partie en fin d'après-midi, avec la lumière encore claire sur les pentes et un terrain sec sous les pieds. Le sentier me semblait lisible sur la carte IGN, et mon GPS basique dessinait une ligne bien propre. J'avais ouvert le papier sur le capot de la voiture avant de monter, puis je l'avais plié dans une poche qui sentait la laine. Je voulais rentrer avant la nuit, parce qu'en montagne la lumière tombe vite. On vit à deux, mon compagnon et moi, et j'ai quand même choisi de presser le pas.
Le premier piège est arrivé sans faire de bruit. J'ai suivi le premier chemin qui montait, celui qui paraissait le plus logique, sans regarder que la trace se resserrait. En quelques mètres, le sentier balisé en montagne s'est changé en sente plus raide et caillouteuse. Le bruit sec des cailloux qui roulaient sous les sabots est monté d'un coup. Mon cheval a pointé les oreilles, puis il les a rabattues avec une brusquerie qui m'a piquée au visage.
J'ai été convaincue par le point bleu du GPS plus que par mes yeux. Ma licence en sciences du sport, option équitation, obtenue en 2014, m'avait donné des bases, pas la lecture fine d'un versant granitique en fin de journée. Depuis mes années comme rédactrice indépendante spécialisée en équitation, je sais que l'écran peut mentir, et pourtant j'ai laissé faire. Les repères de l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE) me sont revenus après coup, pas avant. J'étais sûre de moi, et c'est exactement là que j'ai décroché.
La galère qui a suivi quand j’ai compris que j’étais perdue
Le doute est arrivé quand le cheval a ralenti net dans un passage en dévers. Il a regardé le sol, puis il a refusé d'avancer d'un mètre. Ses postérieurs accrochaient mal sur la caillasse, et j'ai senti ma nuque se raidir en même temps que la sienne. J'avais l'impression de tenir une poignée de frein à deux mains. Pas terrible. Vraiment pas terrible.
La sortie de 1h30 s'est étirée bien au-delà de ce que j'avais prévu. J'ai dû faire deux demi-tours sur des sentiers étroits, avec 27 minutes perdues sur une seule jonction. Le cheval soufflait plus fort, gardait la nuque tendue et marchait en crabe dès que le sol penchait. Chaque retour me coûtait un peu plus de calme, et je me suis sentie franchement stupide. Le moindre faux croisement me faisait douter du reste du parcours.
Le terrain a aussi laissé sa trace sur les fers. Après cette caillasse, j'ai fait reprendre un fer plus tôt que prévu, pour 47 euros, alors que j'aurais dû garder cette dépense pour autre chose. J'ai aussi perdu une fin d'après-midi entière, et la frustration a collé à ma veste comme la poussière claire des Aravis. Ce que je n'avais pas vu, c'est qu'un mauvais détour use plus qu'une paire de jambes.
Ce que j’aurais dû voir et entendre avant de continuer
Le vrai signal, celui que j'aurais dû prendre au sérieux, n'était pas la carte. C'était le bruit sec des cailloux qui roulent sous les pieds du cheval, son souffle devenu court dans la montée, et cette manière qu'il avait de tourner une oreille vers moi puis de la rabattre quand j'hésitais. Plus loin, sa bouche jouait davantage dans le mors dès que le passage se rétrécissait. J'ai aussi senti l'odeur d'herbe écrasée et de terre humide après un détour dans un sous-bois. Là, les petits pas se sont multipliés, et les postérieurs cherchaient leur appui sur la caillasse humide. Le terrain me parlait, et je n'ai pas écouté.
J'ai aussi fait l'erreur bête de suivre le premier chemin logique sans vérifier le balisage. J'ai ignoré le changement de terrain, alors que la pente devenait plus raide et que les appuis s'assuraient mal. J'ai même persisté dans une sente trop étroite, alors que mettre pied à terre m'aurait évité de coincer le cheval. Depuis 12 ans, dans mon travail de rédactrice indépendante spécialisée en équitation, je vois bien que le terrain ne pardonne pas plusieurs fois l'entêtement.
- J'ai suivi la trace GPS sans regarder le sol. La sente herbeuse s'est vite transformée en sentier de chèvres.
- J'ai pris le premier chemin qui montait. Le cheval a marché en crabe sur le dévers, avec les postérieurs qui accrochaient mal.
- J'ai continué quand le balisage a disparu. Je suis tombée sur une barrière et j'ai perdu du temps à faire demi-tour.
- J'ai voulu rester montée dans un passage trop étroit. Le cheval s'est bloqué et a regardé le sol au lieu d'avancer.
Ce que je retiens de cette galère et ce que je ferai différemment
J'ai été frappée par un truc simple. Mon cheval lisait le terrain avant moi. Dès qu'il ralentissait, c'était que la trace devenait sale, plus étroite ou plus cassante. En 12 ans de travail, avec près de 40 articles par an, je pensais avoir assez de recul pour voir venir ce genre de piège. En réalité, j'ai laissé un animal lire le versant à ma place, et lui l'a fait sans discours.
Ce que j'aurais dû faire la veille, c'était noter les carrefours clés sur la carte et garder une capture d'écran dans le téléphone. J'aurais aussi dû repérer les passages en dévers et les zones où le sentier se resserre. Dans les Aravis, une bifurcation ratée devient vite une mauvaise pente, puis une discussion inutile avec un cheval déjà tendu. Les repères de la Fédération Française d'Équitation (FFE) et de l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE) sur la lecture du terrain me revenaient en tête bien trop tard.
Je suis rentrée avec l'impression d'avoir gaspillé une sortie entière pour une erreur de lecture. J'aurais dû m'arrêter quand le balisage a disparu, appeler l'Office de tourisme des Aravis et accepter que ce versant ne se laissait pas improviser. Avec mon compagnon, sans enfants, j'ai passé la soirée à râler contre cette boucle qui m'avait mangé 3h et 47 euros. Si j'avais su à quel point une jonction ratée pouvait casser le rythme, j'aurais laissé la selle au calme et rebroussé chemin plus tôt.


