Reprendre en selle après six mois d’arrêt : ce que mon corps a dit

mai 28, 2026

L'odeur du cuir humide m'a sauté au nez au manège du Clos de l'Étang, quand j'ai remis le pied à l'étrier un matin d'avril pour ma reprise en selle. Au premier trot, mon bassin est parti de travers, et j'ai agrippé la crinière sans aucune grâce. Six mois sans monter avaient laissé des traces plus nettes que je ne l'imaginais, jusque dans mes abdos et mon souffle.

Au départ, je pensais juste remettre mes jambes dans les étriers

Je monte depuis 8 ans, en amateur, avec deux enfants qui me laissent des créneaux courts et un budget serré. Mon abonnement aux cours ne dépasse pas 120 € par mois, alors chaque reprise compte. J'aime l'équitation pour ce mélange de précision et de calme, mais je n'ai jamais prétendu être une grande technicienne. Je ne cherchais pas la performance. Je voulais juste sentir si mes jambes tenaient encore sans trembler.

J'ai arrêté pendant six mois. La fatigue, l'organisation à la maison, puis le confinement ont tout ralenti d'un coup. Je pensais revenir comme on remonte un vélo. Je me voyais remettre mes bottes, refaire mes épaules, et retrouver mes repères en vingt minutes. J'avais presque peur de découvrir que j'avais perdu plus que le souffle.

Avant de revenir, j'avais relu un article de la HAS sur la reprise sportive après une pause. J'avais surtout retenu l'idée de repartir doucement, sans faire semblant d'avoir tout gardé. Je relisais cette note comme une consigne intime, pas comme une règle. J'avais aussi gardé en tête mes anciennes sensations, la pression du contact, la respiration du cheval. Pourtant, je n'étais pas sûre que tout revienne d'un bloc.

Le choc du premier jour : mon corps ne voulait plus faire équipe avec le cheval

Le premier jour, j'ai senti tout de suite que quelque chose flottait. Le pas du cheval était pourtant régulier, mais mon buste cherchait un appui qui n'arrivait pas. Mes abdos ont tiré dès les premières foulées, et le bas de mon dos a protesté dès la deuxième diagonale. J'ai même senti mes épaules monter, comme si je voulais me retenir avec elles. La selle me paraissait plus étroite que dans mon souvenir, comme si mes cuisses avaient oublié leur place.

J'avais oublié la finesse de l'assiette. Mes talons poussaient trop fort dans les étriers, puis mes genoux se pinçaient dès que je cherchais de la stabilité. Mon centre de gravité partait en avant à chaque transition, et je compensais avec les mains, ce que le cheval m'a renvoyé aussitôt. J'ai compris, un peu tard, que mon bassin ne suivait plus le mouvement au même rythme. Je comptais mentalement les foulées pour ne pas me laisser embarquer.

À la fin du premier trot, j'ai cru basculer sur la droite. Je me suis accrochée à la sangle, et j'ai senti mon ventre se contracter d'un coup. Le cheval n'avait rien fait de brutal. C'était moi qui perdais la ligne, parce que mon buste s'était figé. Je suis descendue avec les mains un peu moites, les paumes marquées par le cuir, et j'ai demandé une pause de 12 minutes pour faire redescendre la panique.

J'ai repris trop vite, sans vrai gainage avant la séance. Je n'avais pas travaillé ma proprioception, alors que mes appuis au sol étaient déjà fragiles après cette coupure. J'ai aussi sous-estimé le rôle des muscles profonds, ceux qui tiennent sans se voir. Sur le moment, j'avais envie de pousser un peu plus. Mauvais calcul. Le corps m'a rappelée à l'ordre en moins d'une heure, et j'ai compris que la reprise ne pardonne pas l'improvisation.

Au fil des semaines, j’ai redécouvert mon corps et appris à l’écouter

Les séances suivantes ont été plus calmes. J'ai rallongé mon échauffement de 10 minutes, avec quelques cercles d'épaules et des bascules de bassin au pas. Je me suis mise à écouter chaque petit décalage, surtout quand le cheval changeait d'incurvation. Au lieu de me crisper, j'ai essayé de sentir où mon poids tombait. Je faisais aussi des montées d'escaliers lentement, sans me presser.

J'ai aussi pris une séance de Pilates adaptée, facturée 47 €, dans un petit studio près de la place Saint-Roch. La coach m'a fait travailler le transverse, les fessiers et les muscles profonds avec un ballon souple. J'ai découvert que mes tremblements venaient moins de la fatigue que d'un manque de tenue au centre. Au sol, j'ai compris pourquoi mon bassin se sauvait si vite en selle. J'ai senti mes lombaires se relâcher après le troisième passage au sol.

Au bout de 3 semaines, j'ai senti un vrai changement dans les départs au trot. Je me tenais moins avec les mains, et mes épaules restaient plus basses. Le cheval marchait plus librement sous moi, parce que je le laissais respirer au lieu de le verrouiller. J'ai même retrouvé un peu de souplesse dans les hanches, ce qui m'a surprise après cette période de raideur. Le cheval acceptait mieux mes demandes, sans que je tire davantage.

Tout n'a pas disparu. Mon bas du dos tiraille encore après les séances de 45 minutes, surtout quand je trotte longtemps enlevé. La fatigue arrive plus vite qu'avant, et je dois accepter de descendre avant de me sentir vide. Ce n'est pas agréable, mais c'est plus honnête que de forcer et finir en bloc. Je n'avais pas retrouvé tout mon tonus, mais je n'étais plus en lutte permanente.

Ce que j’ai compris avec le recul et que j’ignorais au départ

Avec le recul, j'ai compris que la posture, l'équilibre et la confiance formaient un seul bloc. Je croyais que la technique suffisait, parce que je savais déjà régler mes étriers et suivre une courbe. En réalité, dès que mon bassin se décalait, ma confiance s'éventrait aussi. Je le sentais dans mes mains, puis dans mon souffle. Quand je montais raide, le cheval se tassait sous moi.

Cette reprise m'a montré qu'un retour après six mois ne se résume pas à remonter en selle. J'ai eu besoin du cheval, mais aussi de mes appuis au sol, de mes hanches, et d'un mental moins impatient. Quand l'un de ces éléments lâche, tout le reste se tend. J'ai mis du temps à accepter cette évidence, parce que je voulais aller plus vite que mon corps. J'ai cessé de croire qu'une bonne séance efface six mois.

Depuis, je guette les signaux minuscules. Une nuque qui durcit, un souffle court, une cuisse qui chauffe trop vite, et je sais que la séance commence à déraper. J'ai relu un dossier Mpedia sur la récupération sportive, et j'y ai retrouvé cette idée simple de laisser du temps aux tissus. Ça m'a parlé, parce que mes muscles n'avaient pas oublié la pause, eux. Le soir, je posais par moments une bouillotte sur le bas du dos.

Si je recommençais, je ferais la préparation physique avant de reprendre les longues séances. Je ne négligerais plus le gainage ni les petits exercices de proprioception au salon, entre deux lessives. Et je respecterais mieux le jour où mon corps dit stop, même si mon agenda me presse. J'ai perdu assez d'énergie à lutter contre lui, et je ne veux plus confondre envie et disponibilité physique.

Mon bilan personnel, entre erreurs, surprises et nouvelles habitudes

Cette reprise m'a appris plus de choses sur moi que je ne voulais l'admettre. J'ai découvert une patience que je ne m'accordais pas, et une forme d'humilité bienvenue. J'ai aussi compris que l'équitation ne pardonne pas les passages à vide du corps. Les semaines de pause laissent des marques très nettes, même chez une cavalière qui croit connaître son cheval par cœur. Ça m'a dérangée, puis ça m'a soulagée.

J'ai pensé au travail à pied, à la voltige, et à quelques exercices de proprioception hors selle. J'y reviendrai peut-être un jour. Là, j'avais surtout besoin de retrouver ma place classique, mes étriers, et le bruit sec du sabot sur le sable. J'ai aussi essayé 15 minutes de travail à pied un mercredi, sans grand enthousiasme. C'était plus simple à organiser avec mes proches, et mon budget n'avait pas envie d'exploser.

Quand j'ai senti ce picotement dans le bas du dos en tentant de suivre le trot, j'ai compris que ce n'était pas juste une question de technique. C'était aussi une manière de réapprendre à habiter mon corps au manège du Clos de l'Étang. Cette reprise m'a convenu parce que j'acceptais enfin de repartir très bas, sans faire semblant. Pour moi, c'était la seule manière de revenir sans me trahir.