Depuis la banlieue de Nantes, je suis partie un samedi d'avril au Centre équestre du Bois-Rond, à Treillières, pour une séance très courte. Dans la carrière, le sable collait encore un peu après la pluie, et le dos de mon cheval montait sous mes ischions comme une vague lente. Après trois tours de carrière au pas, j'ai compris le poids de mon bassin et la qualité du contact. Je suis rentrée de là avec une sensation étrange, presque neuve, et une vraie curiosité pour la suite.
Quand j'ai décidé de monter à cru malgré mes doutes et contraintes
En tant que Rédactrice indépendante spécialisée en équitation, j'ai l'habitude de passer mes soirées à relire des notes, des retours de terrain et mes propres brouillons. Je publie une quarantaine d'articles par an, et je vis ça en plus de mes journées de travail, avec des délais qui ne me laissent pas de place au flou. J'habite à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et mon budget pour l'équitation reste raisonnable. Je montais depuis mes 10 ans, mais je savais que le cru allait me mettre face à mes défauts tout de suite.
J'ai voulu tenter l'expérience parce que la selle me gênait sur le plat, surtout quand je restais 20 minutes d'affilée au pas. Depuis ma Licence en sciences du sport (option équitation) 2014, je regarde mon assiette avec méfiance, et je voulais sentir ce que mon bassin racontait vraiment. J'ai hésité trois jours avant d'essayer, parce que j'avais peur de glisser et de contrarier le cheval. J'étais sûre de moi en théorie, beaucoup moins une fois devant la porte de la carrière.
J'avais aussi relu des repères de l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE) sur le travail progressif, puis quelques notes de la Fédération Française d'Équitation (FFE) sur l'équilibre du cavalier. Je n'avais pas cherché une recette, juste un cadre simple. Ce qui m'avait rassurée, c'était l'idée de commencer court et calme. À force de lire tout et son contraire, j'ai fini par me dire qu'il valait mieux essayer pour voir.
La première séance, entre émerveillement et maladresses
La première montée m'a surprise dès le premier pas. J'ai senti la chaleur du dos sous moi, puis cette bascule du dos sous les ischions, presque comme une vague qui se levait et redescendait. Au pas, ses omoplates bougeaient très nettement, et je les suivais sans m'en rendre compte au début. Quand il a soufflé plus fort, de façon régulière, je me suis sentie posée, puis franchement attentive à chaque mouvement.
Le trot a été mon vrai test. Dès les premières foulées, le rebond m'a paru plus sec, et mes adducteurs ont brûlé très vite. Au bout de 5 minutes, j'avais déjà envie de redescendre, et je me suis retrouvée à pincer avec les cuisses pour me sécuriser. Mauvaise idée, parce que j'ai glissé d'un côté et mon cheval a accéléré d'un cran.
J'ai aussi eu le réflexe de me pencher en avant. Le cheval a bloqué son dos presque aussitôt, et le trot est devenu heurté, comme s'il rendait coup pour coup ma propre tension. Une fois, j'ai voulu tourner trop fort sur le cercle et demander plus d'impulsion d'un coup, et j'ai senti la dérobade sur l'épaule extérieure. J'ai eu un vrai frisson de quasi chute, et j'ai arrêté net.
Ce que je n'avais pas anticipé, c'est la vitesse à laquelle je lisais son corps. Une épaule qui tombe, une croupe qui dévie, ou un cheval qui s'appuie d'un côté, je le sentais tout de suite. J'ai aussi remarqué le garrot et le sommet du dos plus sensibles dès que mon bassin partait trop brusquement. À ce moment-là, le souffle devenait plus court, et son dos se mettait à plat.
Le moment où tout a basculé, au pas, sans préméditation
Le vrai tournant est venu au milieu d'un cercle, au pas, après ce trot bancal qui m'avait laissée raide. Mon cheval a ralenti de lui-même, son dos s'est arrondi, et j'ai cessé de serrer les jambes sans même y penser. Là, j'ai compris que je pouvais rester au-dessus du mouvement sans me battre contre lui. Je n'avais plus besoin de tricher avec mes appuis.
Au premier trot de cette reprise, j'ai été frappée par une chose simple : je ne pouvais plus tricher. Chaque foulée passait dans mon bassin, et je sentais tout de suite si j'accompagnais ou si je bloquais. Je me suis sentie plus lourde quand je crispais le ventre, puis plus légère dès que je laissais le bassin suivre. Ce contraste m'a fait changer d'avis en quelques minutes.
Après ça, j'ai changé ma manière de travailler. J'ai repris les bases en selle avec beaucoup de pas, un bassin plus mobile, et l'arrêt de serrer les genoux à chaque transition. Je suis devenue plus attentive à mes épaules et à mon centre de gravité. Au fil de trois séances courtes, mon cheval a gardé un dos plus rond et un pas plus ample.
Ce que cette expérience m'a appris et ce que je referais ou éviterais
En 12 ans de pratique, mon travail de Rédactrice indépendante spécialisée en équitation m'a appris que les petits écarts d'assiette racontent vite la séance entière. Quand je relis mes notes, je vois le même scénario revenir : à cru, le cheval ne laisse rien passer, et moi non plus. Je n'ai pas trouvé ça flatteur, mais je l'ai trouvé honnête. Le moindre déplacement de bassin trop brusque changeait sa réponse en deux secondes.
Je referais l'expérience, mais sur des passages courts. Je garderais d'abord le pas, puis quelques foulées de trot seulement, comme je l'ai fait au Centre équestre du Bois-Rond. J'ai aussi gardé en tête les repères de la FFE et de l'IFCE, qui vont dans le sens d'une progression calme et lisible. Pour quelqu'un qui accepte 15 minutes imparfaites et un peu de ridicule, ça vaut le coup.
- Je commencerais toujours par 10 minutes de pas.
- Je garderais des séquences brèves, surtout au trot.
- Je laisserais le bassin mobile et les genoux souples.
- Je ralentirais dès que le souffle se ferme ou que le dos se platit.
- Je reprendrais en selle juste après, sans forcer les transitions.
Je ne recommencerais pas la séance avec un cheval raide ou sans vrai échauffement. Je ne forcerais pas le trot au bout de deux minutes, ni les tournants serrés qui m'ont presque envoyée de travers. Si le cheval fige son dos, raccourcit ses foulées ou souffle court, je préfère remettre pied à terre et observer. Là, je ne suis pas la mieux placée pour aller plus loin, et j'appellerais un vétérinaire si une gêne au dos apparaissait.
Ce travail à cru me parle pour une cavalière qui a déjà un peu d'équilibre et un cheval posé. Je pense aussi à celle qui cherche le ressenti plus que la technique pure, et qui supporte de ne pas tout réussir du premier coup. Je me suis rendu compte qu'une selle me protège, mais qu'elle me masque aussi pas mal de choses. Le cru ne m'a pas rendue meilleure en une séance, mais il a changé ma façon de regarder un cheval marcher.
J'ai pensé à une selle minimaliste, au travail à pied, et à quelques séances inspirées de l'éthologie. J'ai gardé ces pistes dans un coin, mais aucune ne m'a rendu ce contact-là, ni cette lecture des omoplates au pas. Quand je suis rentrée du Centre équestre du Bois-Rond, avec mon compagnon et moi, sans enfants, j'avais les cuisses lourdes et la tête très calme. J'ai été convaincue qu'une séance courte vaut mieux qu'une longue lutte, et je garde encore cette impression nette.


