Depuis la banlieue de Nantes, je suis partie 45 minutes au centre équestre du Bois-Rond pour remonter après une chute en carrière, avec la poussière encore collée à ma botte. La selle me paraissait trop haute, et ma main gauche gardait la crinière comme un réflexe inutile. En tant que Rédactrice indépendante spécialisée en équitation, j'ai décrit cette reprise des dizaines de fois, mais jamais avec mes jambes qui tremblaient. Le moniteur n'a laissé qu'une consigne, marcher au pas sur un grand cercle, puis respirer.
Je n'étais pas prête, entre mes contraintes et mes attentes
Je travaille en indépendante depuis 12 ans, et je publie près de 40 articles par an. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans autres bouches à nourrir, et mes soirées passent entre corrections et trajets. Avec mon compagnon, sans enfants, je cale mes sorties au club en fin d'après-midi, quand les textes sont rendus. Mon budget pour les cours reste serré, alors je choisis mes reprises avec un vrai tri dans ma semaine.
Ma Licence en sciences du sport (option équitation) 2014 m'a appris à regarder le corps avant de regarder la figure. J'ai été convaincue qu'une remise en selle immédiate calmerait ma tête plus vite qu'une longue pause. J'étais sûre de moi, et cette assurance m'a poussée à minimiser ma peur. Je me suis dit qu'un simple pas allait suffire pour reprendre la main.
Avant de monter, on m'avait répété de repartir au pas, de tourner large, puis d'arrêter dès que le souffle redevenait stable. J'avais entendu ce conseil plusieurs fois, mais je l'avais plié à ma manière. Je pensais que remonter vite montrait que tout allait bien, alors que je cherchais juste à ne pas paraître tremblante. Mon erreur, c'était de croire que la vitesse efface l'appréhension.
La montée en selle, ce moment où tout s'est figé
Au montoir, ma botte a accroché un peu, puis ma jambe n'est pas montée d'un coup. Le poids de mon corps m'a semblé trop lourd, et j'ai dû me hisser plus qu'à l'habitude. Ma main s'est refermée sur la crinière sans prévenir, comme un crochet de secours. Rien que ce geste m'a dit que je n'étais pas tranquille.
Une fois assise, mon bassin s'est verrouillé d'un bloc. Mes épaules se sont relevées, ma main est devenue blanche sur la rêne, et je n'osais plus accompagner le pas. Mon cheval l'a senti aussitôt, parce que son dos s'est tendu sous ma selle. Plus je retenais, plus lui avançait avec moins de souplesse.
Après la chute, il soufflait fort, remuait l'encolure et mâchouillait nerveusement. Quand la porte du manège a claqué, il s'est même mis sur l'œil, et ça m'a coupé le souffle. Je ne savais plus si je devais le laisser tranquille ou reprendre contact. Sa tension à lui a nourri la mienne, et j'ai senti ma gorge se serrer.
Le coin de la carrière est devenu un vrai point de fixation. Je me suis retrouvée à le regarder dès l'entrée, comme si la piste avait rétréci de moitié. À chaque passage près de ce même angle, je serrais les talons avant même d'y arriver. Le lieu paraissait marqué, et cette impression me gâchait chaque tour.
Le pas sur le grand cercle, un exercice qui a tout changé
Le moniteur a coupé court à mes grands gestes. Il m'a demandé un pas sur un cercle large, puis rien d'autre pendant les premières minutes. Les repères simples de la Fédération Française d'Équitation (FFE) sur les reprises simples m'ont servi de cadre, sans que je cherche un exploit. J'ai été convaincue par son calme, pas par une grande théorie.
Je suis rentrée au pas dans le tracé, et j'ai forcé ma respiration à descendre sous mes côtes. J'ai desserré mes doigts un par un, puis j'ai arrêté de tenir la selle avec mes genoux. Mon bassin a fini par reprendre sa place quand j'ai cessé de lutter contre le mouvement. Là, j'ai senti mon cheval se délier dans le dos.
Au bout de 12 minutes, il soufflait plus bas et ses oreilles revenaient vers l'avant. Ma main a cessé de blanchir, et mes épaules ont enfin glissé vers le bas. Je me suis sentie capable de suivre son pas, au lieu de lui mettre un frein. Le mini-exercice simple au pas m'a rendu un repère corporel que je n'avais plus.
Le grand cercle évitait que je braque mon cheval. Avec une trajectoire large, il gardait du temps pour s'équilibrer, et moi je ne fermais plus la main d'un coup. Les transitions douces entre avancer et ralentir ont remis du calme dans le contact. Je n'ai pas cherché le trot, et ça a gardé la séance dans une zone respirable.
Ce que j'ai compris après coup
Après 12 ans de pratique, j'ai compris que le vrai blocage ne venait pas de la douleur. Il venait de la crispation, juste avant même que mon corps ait retrouvé sa place. Mon travail de Rédactrice indépendante spécialisée en équitation m'a appris à lire ce décalage sans le maquiller. Ma formation continue en éthologie équine (2017) m'a aidée à lui donner un nom simple.
Le cadre a compté plus que mon orgueil. Être accompagnée à pied m'a évité de transformer cette reprise en examen. Je n'avais rien à prouver, juste un objectif minuscule, marcher sans verrouiller mes mains pendant 15 minutes. Quand j'ai accepté ce cadre, la pression est descendue d'un cran.
J'ai aussi vu mes propres erreurs à la loupe. Quand j'ai voulu refaire la même figure au même endroit, mon cheval s'est tendu immédiatement. Quand j'ai cherché à accélérer pour me prouver quelque chose, mes mains sont devenues dures et mon dos s'est figé. Là, la séance a perdu sa décontraction, et je l'ai sentie se refermer.
J'ai pensé à descendre et à marcher à pied. J'ai pensé à la longe aussi, parce que ce détour rassure plus d'une cavalière. Je ne l'ai pas fait ce matin-là, mais je l'aurais choisi si mon cheval avait montré une gêne. Pour un doute physique, je fais vérifier par un vétérinaire, et je ne m'entête pas.
Mon bilan personnel, entre ce que je referais et ce que je ne referais pas
Ce matin-là, j'ai compris que je montais moins contre ma chute que contre mon propre réflexe de protection. Mon cheval, lui, n'avait pas besoin d'un grand discours. Il avait besoin d'une main calme, d'un bassin qui suit, et d'un pas lisible. Cette évidence m'est restée plus que la peur elle-même.
Je referais le pas sur le grand cercle, sans chercher le trot trop tôt. Je referais aussi la montée progressive, avec un moniteur présent dès le montoir. J'aime cette façon de reprendre à zéro, parce qu'elle me remet à ma place sans me casser. Au centre équestre du Bois-Rond, ça a tenu.
Je ne referais pas l'erreur de remonter pour prouver quelque chose. Je ne retournerais pas tout de suite sur le même coin, même si l'envie de vérifier me prend. Je ne voudrais pas non plus passer au trot tant que mon bassin reste verrouillé. Mon corps me l'a montré assez vite.
Je la referais pour une cavalière qui accepte de repartir petit, au pas, avec une vraie marge. Je la laisserais de côté pour quelqu'un qui veut forcer le passage ou monter trop haut trop vite. Quand je suis ressortie du centre équestre du Bois-Rond, je n'étais pas héroïque. J'étais juste plus calme, et ça m'a suffi.


